Une main qui écrit dans un carnet avec un stylo à plume. Photo by Ben-Art.

Défi Écriture Jour 57/109 : Protection ou pas

Je connaissais si bien cette chambre décorée d’un papier peint à fleurs roses délavées, de ses tentures grises, ses vieilles garde-robes en bois et de ces 2 lits disposés l’un à côté de l’autre, de ses fenêtres qui s’ouvraient sur la terrasse.


Oui, j’étais revenu dans ce lieu que j’avais fui.


Je me souviens de la tension dans mon corps, de ma mâchoire serrée, de la peur dans mon ventre à chacun des bruits derrière la porte fermée.


Mon corps savait, j’étais en alerte du moindre mouvement.

La nuit tombée, je savais que mon père pouvait rentrer saoul à tout instant.

Nous n’étions pas à l’abri qu’il entre dans la chambre, chargé d’une colère inexpliquée.


On est en 2001, le château de cartes s’est effondré.

Je démarre un nouvel emploi, je n’ai pas encore de quoi me payer une garantie locative.


Je suis revenue m’installer chez mon père avec ma fille le temps de pouvoir m’organiser.

J’ai beaucoup d’espoir dans ce nouveau travail, je suis devenue commerciale dans une salle de sport.

Je me donne à fond pour faire bonne impression.


Mon objectif est clair cette fois.


Je règle mes dettes et j’économise tout ce que je peux pour nous offrir un lieu de vie à nous.


Je me donne à fond, oui ..


Du coup, je ne compte pas mes heures, j’enchaîne les journées de 12 heures, toujours prête à en faire plus pour cette entreprise qui fait ses débuts en Belgique.


Je ne suis pas très présente… sauf cette après-midi-là.

C’est l'heure du déjeuner, la télévision bat son train comme tous les midis.

C’est le moment de son émission préférée sur TF1 suivie du journal.


Les sets de table en plastique rouge et vert sont posés sur la toile cirée à carreaux beiges. On a disposé le pain, la charcuterie, les planches à pain usées, les bols, les cuillères et les couteaux. Mon père dépose la casserole de soupe chaude sur le sous-plat au centre de la table.


Ma fille, elle ne s’occupe de rien de tout cela.

Elle fait des cabrioles entre la chaise et le fauteuil.

Elle est agitée, refuse de venir à table lorsque je lui demande de s’asseoir.


Je sais qu’elle n’est pas contente, elle est même en colère par que juste après ce repas, elle sait bien que je vais partir travailler.


Ce n’est pas qu’elle n’aime pas son grand-père, elle ne le connaît pas comme je l’ai connu.

Mais elle a besoin de sa mère. Alors, comme une enfant de 3 ans, elle s’agite dans tous les sens pour montrer son mécontentement.

J’essaie de la résonner, mais elle a déjà un sacré caractère à l’époque et rien n’y fait.


Soudain, c’est la scène de trop.


Mon père l’attrape par le dos de sa robe, la lève du sol, la secoue comme un prunier et l’assoit de force sur la chaise en lui hurlant dessus.


Je vois ses larmes remplir ses yeux sans qu’elle n’ose pleurer et la peur sur son visage.

Je crois que mon regard aurait pu le tuer, mais je ne fais rien.


À cet instant, je ne peux rien faire. Enfin dans mon monde, il n’y a pas de solution possible là tout de suite. Je suis moi-même totalement figée.

C’est le cœur lourd que je suis partie travailler.

Impossible d’avoir l’esprit tranquille, je retourne sans cesse la question dans ma tête.


Je n’ai pas encore les ressources financières pour partir, mais je ne peux plus la laisser là. Je n’ai personne à qui la confier. Si je paye quelqu’un, je mettrai plus de temps à partir et cela ne résoudra pas complètement le problème.


J’ai peur, tellement peur, je refuse qu’elle vive ce calvaire, qu’elle se prenne en pleine face au sens propre et figuré toute la violence de son grand-père.


Il me faut la protéger, je suis plus déterminé que jamais.

Mais la seule solution accessible qui me vienne à l’esprit est son père.

Il a une bonne situation, il vit avec sa famille, des femmes bienveillantes avec les enfants, des mères.

Je me projette et je l’imagine se faire gâter et chouchouter par ses matriarches.


Ce sera mieux qu’ici, ce sera mieux qu’avec moi dans cette galère.


Je me promets de partir plus vite, de travailler davantage, de lui demander de m’aider juste quelque mois.


Ce soir-là après le travail, je la regardai dormir, les larmes plein les yeux.

Je lui dirai à quel point je suis désolée, à quel point je l’aime, je lui ferai la promesse de revenir la chercher vite, très vite.

Mon cœur est déchiré, mais je dois la protéger de lui, de moi et des conséquences de mes erreurs.


Le lendemain, j’appelai son père. Le délai fut court, je crois, avant qu’il ne l’accueille dans cette belle maison avec son grand jardin.

Je me souviens surtout de la tristesse de son regard et du sol qui se dérobait sous mes pieds.


Dans les semaines qui suivaient, je recevais le premier courrier d’avocat d’une longue série. En ouvrant cette enveloppe, je compris que je venais de prendre une des pires décisions de ma vie.


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De cœur à cœur,

Anha🌹