Une main qui écrit dans un carnet avec un stylo à plume. Photo by Ben-Art.

Défi Écriture Jour 55/109 : La poussette bleue

Ce matin de printemps en 1999, je préparais ma fille pour aller faire des courses.

Il me fallait acheter sa boîte de lait en poudre.

Suite à l’éclampsie lors de mon accouchement, j’avais reçu un traitement médicamenteux qui m’interdisait de donner le sein.


À l’époque, nous habitions dans un bel appartement situé dans une impasse jonchée d’immeubles construits dans les années 30 à Ixelles.

Un lieu de vie spacieux et chargé d’histoire qui dégageait une atmosphère particulière.

Avec ses moulures qui bordaient les hauts plafonds blancs, le parquet qui s’exprimait à chacun de nos pas, les vitres martelées des portes en bois peintes en vert bouteille qui séparaient les pièces.

J’installai ma fille dans sa poussette bleu marine au motif Vichy que mon père lui avait offert pour son premier anniversaire.


Lorsqu’elle l’avait reçue, c’était comme si on lui offrait un véritable carrosse de princesse.

Elle s’était assise dedans et n’avait plus voulu en ressortir de la journée.


Fin prêtes toutes les deux, nous prîmes l’ascenseur pour descendre dans le grand hall en marbre tacheté de l’immeuble.


J’y rencontrais presque toujours la concierge.

Une femme surprenante loin des clichés de la concierge véhiculés par les films et les livres.

C’était une femme d’une quarantaine d’années, grande et élancée.

Ses longs cheveux blonds lisses attachés en queue de cheval, elle était toujours apprêtée et maquillée.

Parfois, elle m’invitait à prendre le café avec elle dans la conciergerie qui jouxtait l’entrée de mon immeuble tout au bout de l’impasse.

C’était l’occasion de me faire profiter de son don en me tirant les cartes du tarot.


Je ne me souviens pas l’avoir croisée ce matin-là.


Poussant le carrosse bleu, ma fille assise fièrement dedans, je sortis de l’impasse pour atteindre la rue.

J’avais choisi de descendre vers la place pour profiter de la douceur de cette journée au parc lorsque nous aurions terminé nos achats.


Avant tout, il me fallait passer à la banque.

Bien que je sache que le compte avait dû être approvisionné en ce début de mois, j’avais cette habitude de toujours vérifier.


C’est devant ce distributeur de billets sur la place que tout a basculé.

La douceur de cette première journée de printemps s’est soudainement évaporée.


Le compte avait bien été alimenté, mais il ne restait plus rien !

Plus un sou pour le lait en poudre, pour les langes ou la nourriture..

Plus rien !


Cette fois s’en était assez, je ne voulais plus vivre ainsi, je ne pouvais plus le permettre.


Je ne me doutais pas encore que cette décision marquerait le début d’une épopée qui durera 15 ans….


De cœur à cœur,

Anha🌹