Une main qui écrit dans un carnet avec un stylo à plume. Photo by Ben-Art.

Défi Écriture jour 3/109 : Défi d'écriture ou défi d'honnêté ?



Et bien, je t’avoue que je suis encore lasse des circonstances qui m’ont permis d’écrire le post d’hier.

Ce n’était pas qu’un post, un article, mais une prise de conscience, une mise en lumière de quelque chose de profond pour moi.



Si tu as déjà vécu ce genre de prise de conscience qui vont te chercher loin dans tes ombres, tu sais que cela met un petit temps à se poser, à s’apaiser, s’intégrer pour en revenir réellement grandie.


J’avais envie de développer et de t’écrire sur ma relation aux femmes, ma relation avec ma mère, la première femme de ma vie.


Mais dès que je commence à écrire, je barre et je recommence une autre phrase, puis une autre et ainsi de suite.


Je ne sais pas comment te la décrire, je ne sais pas comment décrire notre relation, ce que j’ai vécu avec elle sans verser dans une espèce de style gore empreint de colère ou un machin larmoyant au possible.


Je n’ai pas envie de t’infliger cela et je n’en vois pas l’intérêt.

Alors, je me suis dit : « Pourquoi ne pas juste te partager cela et laisser venir ? »


Au final, ce défi d’écriture c’est aussi et peut-être même davantage un défi d’honnêteté.


C’est étrange cette sensation de rester bloquer dans ce partage, de sentir que ça bout en moi et que je suis incapable de le poser.


Je n’ai pas encore le recul nécessaire peut-être..

Et là, tu te dis : « Quoi ? À 43 ans, pas le recul ?? »

(petit rictus)


Non pas le recul.


Pour que tu comprennes, il faut que je te dise qu’au début 2021, j’ai traversé un moment très particulier de ma vie.


Ma mémoire s’est réveillée et j’ai retrouvé l’accès à des souvenirs que ma conscience avait choisi d’occulter pendant 37 ans pour me protéger.


C’est ce que l’on appelle l’amnésie traumatique.


Clairement, j’ai cru que je devenais folle jusqu’à ce que je comprenne ce qui était en train de m’arriver.

J’ai commencé par me souvenir d’un événement, mais ça ne s’est pas arrêté là.


Le voile s’est levé sur tout un tas de choses dans mon histoire dont je me souvenais parfois, mais que je regardais avec un filtre.


Tu sais ce filtre de l’enfant qui croit que ce qu’il vit est normal parce qu’il ne connaît rien d’autre.


Cela ressemblait à ce que les gens décrivent quand ils échappent à un accident.

Ce moment où ils voient toute leur vie défiler devant leurs yeux.

J’avais l’impression de voir un vieux film en noir et blanc avec des moments forts comme éclairés par un gros spot.


C’était confrontant, dévastateur et en même temps totalement exaltant parce que pour la première fois je me voyais vraiment, je comprenais, je pouvais avoir de la compassion pour moi-même.


J’étais partagé entre une immense colère (que l’on ait pu faire ces choses à une enfant, laissé faire, de ne pas avoir su plus tôt) et un amour si fort qu’il n’y a pas de mot pour le décrire.


Évidemment, j’ai eu besoin d’aide pour traverser cette période et je me suis entourée de professionnelles. Lorsque je me regardais dans le miroir, je ne reconnaissais plus la femme en face de moi.


Aujourd’hui, je connais mon histoire telle qu’elle est réellement, je sais qui je suis vraiment et je continue d’avancer chaque jour vers moi.


Tu vois c’est court 2 ans pour avoir le recul nécessaire..


Peut-être que c’est pour cela que c’est si important maintenant de laisser tomber mes masques et que j’aille au bout de ce défi.


De cœur à cœur,

Anha.