Une main qui écrit dans un carnet avec un stylo à plume. Photo by Ben-Art.

Défi écriture 2/109 : Je suis devenue fourbe et solitaire

Je pourrais te parler de tellement de choses qui viennent me bousculer suite à l’annonce de ce défi hier.


De la mauvaise nuit que j’ai passé comme à chaque fois que j’acte un nouveau pas vers moi.


Là, où sous le manteau de la nuit, je fais face à toutes mes résistances, mes blocages que mon inconscient s’amuse à me montrer à travers mes rêves d’une violence sanglante inouïe, reflet de l’intensité du combat qui se mène à l’intérieur de moi.


Je pourrais te parler de ma rencontre avec les chats qui vivent en liberté dans la ferme où j’habite. Cette rencontre qui m’a apaisée en me rappelant Babaji, le chat Médecine alors que je sortais fumer pour reprendre mes esprits après ce cauchemar.


Mais à l’heure où je t’écris, je me sens, comment trouver les mots justes ?

Triste, dégoûtée.


Ce matin j’ai reçu un appel, peu importe qui, ou quoi, ce n’est pas le sujet.

Ce qui m’impacte vraiment suite à cet appel, c’est la mise en lumière de ma difficulté à nouer des relations saine, sincère et d’amour avec une autre femme, un autre être humain.


Je prends conscience que je suis encore à ce stade où les seules personnes avec qui je me sens totalement en sécurité et libre sont mes filles et mon compagnon.


Je suis devenue fourbe et solitaire.


En t’écrivant cela, je ne suis pas en train de me flageller, mais de faire un constat.

Le constat que mes mécanismes d’enfant sont profondément ancrés et que j’ai continué à les alimenter toutes ces années jusqu’à ce que j’arrive à cette observation : je suis devenue fourbe et solitaire.


J’ai appris toute petite qu’il valait mieux cacher les sentiments que je ressentais, mes rêves, mes pensées, mes questionnements pour éviter d’être moquée, dénigrée, humiliée ou de me prendre un coup tout simplement.


J’ai développé une capacité à donner le change jusqu’à un certain point et même à mentir pour protéger mon jardin secret, ce que je vis et ce que je fais.

En bref, à appliquer à la lettre l’adage : « Pour vivre heureux, vivons cacher ! »

Dans certaines circonstances, cela m’a rendu service.


Mais cela m’a rendue solitaire, fermée, suspicieuse et m’empêche de créer de nouvelles relations sur le long terme avec d’autres personnes, d’autres femmes.


Au bout d’un moment, les non-dits, les cachoteries finissent par dégager cette énergie de fausseté et les relations périclitent.


Aujourd’hui, j’avance vers cette ouverture, à laisser tomber mes masques et évidemment le change que je pouvais donner auparavant s’ébranle un peu plus chaque jour, les relations en deviennent plus tumultueuses.


Ce n’est pas ce que je veux et en fait, ce n’est pas ce que je suis au fond de moi.


Quand j’y réfléchis, je trouve cela totalement idiot parce qu’aujourd’hui je n’ai plus besoin de me cacher de la sorte.


Cette peur est instinctive, immédiate, naturelle, hors de mon contrôle et ces comportements continuent de se répéter sans même que je les calcule.


À tout ceci s’ajoute (faut compléter le tableau sinon c’est pas drôle !), le refus d’engagement.


Un joyeux paradoxe : le besoin d’appartenance.


C’est quelque chose que je vis très intensément dans mes relations amicales.


Une espèce d’égoïsme amical solitaire.


Autant je peux être à l’écoute et répondre aux besoins des autres dans un certain contexte (mes enfants, mon compagnon, mes clientes), autant dans mes relations amicales, je dois faire un effort.


Je suis comme une ourse dans sa grotte que l’on ne peut pas déranger.

Dès que je sens qu’on attend quelque chose de moi, j’ai envie de m’enfuir (encore une chance que je ne fonctionne plus comme ça dans mon couple, faut quand même que j’évolue à certains endroits).


Et si on force un peu la porte, je me sens comme coincée, obligée et pour m’enfuir, bien entendu, je serai fourbe.


Parce que c’est comme ça que j’ai construit mes relations, celle avec mes parents.

J’appartenais à une famille, engagée dans une relation parent-enfant où l’on m’a pris des choses, j’étais obligée et pour m’en soustraire en grandissant j’ai mis en place des stratagèmes.

CQFD


Et maintenant qu’est-ce que je fais avec tout cela ?


Je pourrais m’en foutre et continuer ma vie de solitaire.


Mais non parce que même l’ourse dans sa grotte se sent blessée et triste lorsque mes amitiés s’éloignent, lorsqu’elles me montrent sous la loupe que je me comporte à l’opposé de ce que je suis, que je me comporte comme ce dont je me méfie.


Merci à toi pour cet appel ce matin.


Pour l’heure, il est temps d’arrêter d’écrire, de rejoindre cette petite fille blessée en moi pour la réconforter.

Me poser, moi Anha, la femme adulte, me demander comment je souhaite vivre ma relation aux autres désormais et écouter ce dont j’ai besoin pour y parvenir.


Je te remercie de m’avoir lue jusqu’au bout et je te donne rendez-vous demain pour la suite de ce défi.


De cœur à cœur,

Anha.